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Un "cavalier seul" allemand dans la défense européenne? Le réveil militaire de Berlin bouleverse l'équilibre stratégique avec la France
information fournie par Boursorama avec Media Services 16/07/2026 à 15:13

Après des décennies passées dans l'ombre, l'appareil militaire allemand fait son retour au premier plan, porté par le "bazooka budgétaire" du chancelier Merz. Pendant ce temps, la coopération entre Paris et Berlin est mise au défi d'intérêts divergents, à l'image de l'échec du programme Scaf ou des blocages sur la question de la défense antiaérienne.

Emmanuel Macron et Friedrich Merz, le 24 juin 2026, à Berlin ( AFP / LUDOVIC MARIN )

Emmanuel Macron et Friedrich Merz, le 24 juin 2026, à Berlin ( AFP / LUDOVIC MARIN )

Le réarmement de l'Allemagne, salué par ses partenaires, suscite aussi la crainte en France d'un décrochage et l'inquiétude qu'une ligne solitaire de Berlin au sein de l'UE conduise à en faire la puissance militaire dominante du continent aux dépens de l'autonomie stratégique européenne.

En Allemagne, le projet de budget pour 2027 prévoit une augmentation pour la défense de 33% par rapport à 2026, à 110 milliards d'euros. S'y ajoutent des crédits du fonds spécial créé en 2022 après l'invasion de l'Ukraine, soit un total de 140 milliards d'euros (contre 64 milliards pour la France) et 154 l'année suivante.

Le pays, qui a longtemps sous-investi dans sa défense, entend disposer de "l'armée conventionnelle la plus puissante d'Europe". Il veut plus que doubler ses effectifs, malgré des difficultés de recrutement, pour les porter à 460.000 militaires d'active et de réserve en 2035.

Pendant des décennies, Paris et Berlin se sont satisfaits d'une répartition implicite des rôles : à la France le rôle de chef de file sur le plan diplomatique et militaire, à l'Allemagne la prééminence économique. Mais l'ambition de puissance aujourd'hui affichée par Berlin et la réorientation de son outil industriel en difficulté vers l'appareil de défense "constitue un défi de taille pour l'image que la France a d'elle-même", juge Jacob Ross du Conseil allemand sur les relations internationales (DGAP). "Le décrochage est possible", s'est alarmé en mai le plus haut gradé français, le général Fabien Mandon. "Si l'Allemagne continue à ce rythme, dans cinq ans, l'argument selon lequel nous bénéficions d'une expérience opérationnelle et d'une certaine culture ne tiendra plus. Pour les Américains, la référence européenne devient peu à peu l'Allemagne", a-t-il expliqué devant les sénateurs.

"On ne va pas y arriver"

Berlin multiplie les acquisitions d'équipements, n'hésitant pas à opter pour des matériels américains ou lance, sans concertation avec Paris, des projets comme l'ESSI, un "bouclier européen antiaérien" qui fait la part belle aux systèmes allemands, américains et israéliens, mais pas français.

L'Allemagne milite toujours pour son initiative European Sky Shield (ESSI), un bouclier antiaérien européen reposant largement sur les Patriot américains et Arrow-3 israélo‑américains. L'armée allemande a ainsi mis en service mercredi la première partie du bouclier antimissile longue portée Arrow, utilisé pour la première fois en dehors d'Israël. La France refuse de participer à ce projet, estimant que cette architecture renforce la dépendance européenne à Washington et néglige les capacités souveraines du Vieux Continent.

Doutes sur la constellation Iris2

La montée en puissance de l'Allemagne "ne conduit pas à une convergence automatique avec la conception française de la souveraineté européenne", note le chercheur Paul Maurice, dans une note de l'Institut français des relations internationales (Ifri). "Le projet d’autonomie stratégique en Europe, d'avoir une Europe plus forte dans un Otan plus fort, n’existera pas sans l'Allemagne et quand l'Allemagne aujourd'hui fait cavalier seul, notre inquiétude c'est de se dire qu'on ne va pas y arriver", se désole un très haut gradé français.

Le projet européen Iris2 de constellation de satellites qui doit fournir aux Etats membres des communications sécurisées pour s'affranchir de l'omnipotence de l'américain Starlink, "c’est typiquement un sujet sur lequel on est très inquiet", confie cette source, alors que Berlin compte parallèlement développer sa propre constellation. Selon l'Elysée, Berlin doit toutefois réaffirmer son engagement en faveur d'Iris2 lors du conseil des ministres franco-allemand vendredi.

Dans ce cadre, l'échec du programme Scaf, le futur avion de combat franco-allemand érigé en symbole de la coopération entre les deux pays, "constitue un tournant majeur dans les relations franco-allemandes", selon Paul Maurice. Depuis, un consortium d'industriels allemands propose de développer lui-même un futur avion de combat.

Deuxième exportateur mondial d'armements, Paris redoute aussi la concurrence des industriels allemands dopés par les budgets de défense, et incarnée par l'activisme du géant Rheinmetall.

"Puissance militaire dominante"

En Europe, comme en France, on se félicite toutefois que l'Allemagne soit sortie de sa torpeur stratégique face à la menace que fait peser la Russie sur la sécurité du continent.

"C'est vraiment positif que l'Allemagne ait désormais franchi une étape claire et commencé à rompre ses liens avec cette limitation historique, auto-imposée, en matière de dépenses militaires", salue le commandant suprême des forces armées suédoises, le général Michael Claesson.

Mais le passé militariste de l'Allemagne n'est jamais loin dans les esprits, y compris en Allemagne.

"Derrière le soulagement, les mêmes partenaires qui se réjouissent d'une Bundeswehr renforcée éprouvent aussi quelque chose qu'ils sont trop polis pour dire à voix haute: un malaise discret, persistant, profondément ancré dans l'Histoire à l'idée d'un continent où la puissance militaire dominante, de loin, serait à nouveau l'Allemagne", estimait dans un discours, en mai à Oxford, Franziska Brantner, coprésidente du groupe des verts au Bundestag.

Pour Jacob Ross, "les décideurs à Berlin doivent apprendre à composer avec les nouveaux regards que leurs voisins portent sur l'Allemagne".

12 commentaires

  • 17 juillet 11:26

    cecim Les leçons du passé sont à retenir. Je souhaite comme vous la paix. Mais je constate que l'Allemagne veut avoir l'armée conventionnelle (c'eest à dire la plus forte dans un conflit moderne) LA PLUS PUISSANTE D'EUROPE. Question: pourquoi faire s'il s'agit de prparer un conflit entre la Russie et les pays de L'UE? Soyez tranquille, demain ils vont demander l'accès à l'arme atomique. Ils ont d'ailleurs déjà posé des jalons.


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